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Le télétravail au secours des zones rurales


Pouvoir travailler avec des clients ou des employeurs de la France entière, tout en étant basé «à la campagne», loin des contraintes de la vie en zone urbaine. Un nombre croissant de communes et de régions encouragent le mouvement pour attirer des Français sur leur territoire, même si on encore loin d’un «exode urbain».

Comme chacun sait, le télétravail est une activité où l’on n’est pas au même endroit que son client ou que son employeur, et où l’on travaille à distance grâce aux nouvelles technologies de l’internet. Le télétravail peut être effectué par un micro-entrepreneur, qui a choisi de se mettre à son compte, ou par un salarié dont l’entreprise a accepté, de concert avec lui, cette forme d’organisation. Et des tiers –comme les sociétés proposant des service en ligne ou les collectivités territoriales – peuvent par diverses moyens aider les «télétravailleurs», indépendants ou salariés, à conduire leur mission.

Examinons le cas particulièrement novateur du télétravail dans les zones rurales. Grâce à la généralisation de l’internet haut débit, on n’est plus tenu d’être en région parisienne, en Rhône Alpes ou dans tout autre bassin urbain pour avoir une activité de graphiste, d’informaticien, de rédacteur ou pour mener des tâches de secrétariat ou de télé-prospection commerciale. On peut être n’importe où, et notamment dans des zones rurales, plus agréables à vivre et qui évitent le cauchemar des trajets domicile-travail. Des collectivités territoriales ont décidé d’investir sur ces nouvelles formes d’activité pour redonner de la vitalité économique à leur territoire. On a vu dans les dernières décennies un exode rural continu, car il était impossible pour les habitants de vivre décemment en restant sur place. Même si les chiffres ne sont pas comparables bien sûr, on assiste aujourd’hui à un début de mouvement inverse.

L'exemple du Pays de Murat


C’est le cas du pays de Murat, une communauté de communes dans le Cantal, qui a décidé depuis 2006 de développer le télétravail chez elle par plusieurs moyens.

D’abord en mettant en place des formations pour les télétravailleurs indépendants et salariés. Il existe très peu de formation de ce type et des personnes viennent de toute la France pour étudier ces règles nouvelles, découvrir à cette occasion le territoire et parfois s’y fixer.

Ensuite en créant des télécentres. Il s'agit de locaux, au cœur de la commune, avec quatre ou cinq bureaux et des ordinateurs, un investissement très faible dans des zones où le prix du mètre carré est bas. Il faut un peu de personnel, mais il peut être facilement mutualisé avec d’autres services de la commune (la salle multimédia,  les bornes interactives du pôle emploi, la sécurité sociale ou les CAF). Les télétravailleurs peuvent venir y travailler en permanence ou quelques heures par semaines pour sortir un peu de chez eux, ou encore ponctuellement lorsqu’ils sont de passage dans la région.

L’expérience ayant réussi, le conseil général du Cantal a décidé en 2009 de développer un réseau de télécentres dans le Cantal – il y en a 7 et bientôt 8. Ce réseau permet d’irriguer un territoire avec de nouveaux actifs. Un département comme celui du Cantal a deux secteurs économiques principaux: le secteur agricole et d’élevage montagnard et le secteur touristique. Les nouveaux télétravailleurs, en travaillant pour toute sorte d'activités, vont permettre une diversification inatteignable auparavant.

Pour renforcer cette dynamique, le pays de Murat organise le 7 octobre un grand forum sur le thème de l'installation en milieu rural grâce au télétravail indépendant ou salarié. Les porteurs de projet et les télétravailleurs déjà installés s'y retrouveront, des entreprises viendront témoigner.

Bien sûr, ces nouvelles formes d’organisation sont qualitatives, et non «massives». Nous pouvons estimer qu’une centaine de personnes gravitent autour des télécentres du Cantal. On peut y ajouter une cinquantaine de stagiaires qui viennent chaque année suivre les formations. Toujours selon mes estimations, une vingtaine de départements ont engagé de telles opérations.

60% DES GRANDES ENTREPRISES ONT DES TELETRAVAILLEURS


Cependant le mouvement est sur une pente ascendante car l’investissement est peu coûteux. En outre certaines collectivités ont engagé des démarches originales: à Chaudes- Aigues par exemple, ville connue pour ses cures de sources d’eau chaude, on a couplé les formations au télétravail avec des formations sur la santé au travail (troubles musculo-squelettiques, stress, etc…). Or le télétravail peut être une solution pour certains patients souffrant de ces maux de plus en plus fréquents.

Du côté des entreprises aussi l’attirance pour le télétravail grandit. Une étude de l’Insee en mars 2009 a montré que 60% des grandes entreprises avaient des télétravailleurs dans leurs effectifs. Les petites sociétés y ont recours souvent pour des raisons plus conjoncturelles. Elles peuvent y venir plus vite, leur organisation étant plus souples.

Les chefs d’entreprise ont noté que certains personnels sont plus efficaces en télétravail. Ils «dépotent» lorsqu’ils travaillent ainsi, prennent de l’avance, et arrivent ensuite plus détendus dans l’entreprise. La qualité de vie de ces salariés améliore le climat ce qui génère des gains économiques et des gains sociaux.

Le télétravail peut résoudre des cas particuliers (déménagements de salariés, problèmes de santé). Il peut aussi être abordé collectivement, en étant fondé sur le double volontariat (employé et employeur doivent être chacun d’accord) . Cela ne veut pas dire bien sûr que toute l’entreprise doive basculer. Quand je préconise le télétravail dans une entreprise, c’est deux jours par semaine pour garder le lien avec l’entreprise et pour éviter la perte de contrôle. Ou bien la formule peut s’appliquer à une section des salariés. ATOS, par exemple, a 6 000 salariés dispersés en région parisienne: 5 000 vont rejoindre son siège à La Défense, les 1 000 autres vont être organisés en télétravail. Autre exemple, on a pu voir aussi une société de production de bulletins de salaires, ADP-GSI, basculer 400 salariés -sur plusieurs milliers- en télétravail au moment des risques de grippe A.

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